Les avocats ont eu l'occasion pour une dernière fois de faire valoir leurs arguments aux membres du jury dans le cadre de l'étape des plaidoiries au procès du tueur au sabre dans le Vieux-Québec. La non responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux de Carl Girouard est au coeur du procès.
Devant les 11 membres du jury, l'avocat de la Couronne, Me françois Godin, s'est rapidement attaqué à la théorie de la défense en estimant qu'il était impossible que Carl Girouard soit en pleine psychose délirante alimentée par une schizophrénie le soir du drame, s'interrogeant notamment sur sa « guérison miraculeuse », alors que sa conscience aurait soudainement repris le dessus avant son arrestation.
Il est revenu à plusieurs reprises sur le fait que l'accusé semble s'être extirpé de sa psychose « en un claquement de doigt » pendant qu'il tuait deux personnes et en blessait cinq autres au hasard avec son sabre, le 31 octobre 2020.
Sceptique, l'avocat a rappelé que Girouard préméditait sa mission de tuer depuis au moins six ans. Durant cette période, il s'est acheté 20 sabres et il confectionnait des costumes.
La théorie de la poursuite tient compte de l'expertise du psychiatre Sylvain Faucher qui conclut plutôt que l'homme de 26 ans a un trouble de personnalité narcissique hypervigilant et qu'il était obsédé par le fantasme de tuer des gens pour changer la société qu'il méprise.
«Allez-vous croire que Carl Girouard, qui a été obsédé par sa mission pendant 6 ans, va exécuter sa mission, va sortir de sa psychose en un claquement de doigt, pour ne plus jamais y repenser, sans médication, sans antipsychotique?»
Plus tôt dans la journée, l'avocat de la défense, Me Pierre Gagnon, s'en est pris à répétition aux opinions « biaisées » du psychiatre de la poursuite qui lui semblait être en mission durant son contre-interrogatoire. À l'inverse, il a vanté pendant de longues minutes les compétences et la notoriété internationale du Dr Gilles Chamberland, dont les conclusions vont dans le sens de la non responsabilité-criminelle.
Le psychiatre mandaté par le clan Girouard se dit convaincu que le tueur était, au moment de semer la mort, dans une psychose délirante alimentée par une schizophrénie jamais diagnostiquée.
« Le Dr Faucher était en représentation et en mission. Quelle que soit la question qui lui était posée, c'était des oui mais, au point où il a dit qu'il était un puits sans fond. Ce qui vous démontre la personnalité du personnage. »
La défense a également attiré l'attention du jury sur le second expert de la poursuite, un neuropsychologue, qui a fait passer un test psychologique à l'accusé sans savoir qu'il était sous l'effet d'antipsychotiques, ce qui aurait faussé le résultat. Le rapport a malgré tout servi dans la preuve de la Couronne.
En fin de journée, le procureur de la poursuite a invité les jurés à être prudents quand vient le temps d'analyser les opinions catégoriques en psychiatrie puisqu'il s'agit d'une science qui n'est pas exacte, qui s'appuie sur la probabilité et l'improbabilité.
Le juge Richard Grenier prendra la parole à son tour, jeudi et lundi, pour donner ses directives, après quoi les jurés seront séquestrés jusqu'à ce qu'ils en viennent à un verdict.