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Restrictions sanitaires | La frustration augmente dans le monde du sport

Restrictions sanitaires | La frustration augmente dans le monde du sportYvon Michel, président du Groupe Yvon Michel (La Presse Canadienne)

Même si de nombreuses mesures d’assouplissement des règles sanitaires entreront en vigueur au Québec vendredi pour la population, les athlètes de haut niveau, eux, devront encore attendre.

Qu'il s'agisse d'athlètes olympiques, des joueurs du CF Montréal ou des boxeurs, demain n’est pas la veille où la vie normale reviendra.

Nous avons parlé au promoteur de boxe Yvon Michel, à l’entraîneur de judo Nicolas Gil, mais aussi l’entraîneur de sprinteur Nicolas Macrozonaris, qui sont tous d’avis que la situation ne peut plus durer.

« On nous a parlé comme si notre protocole c’était de la m… » 

Le promoteur de boxe Yvon Michel continue de travailler fort malgré plusieurs frustrations lors des derniers mois. Récemment, il a dû annuler un important gala prévu au Centre Bell à la mi-juin, car selon la santé publique il était « impossible de penser qu’il pourrait y avoir des spectateurs dans l’édifice ».

« Disons que nous n’étions pas très heureux lorsqu’il a été annoncé que le Canadien pourrait recevoir 2500 spectateurs dès le match numéro six, alors que nous nous sommes fait dire que ce serait impossible à la mi-juin. »

Michel a dû repousser à l’automne un gala dans lequel deux Québécois devaient se battre pour des titres mondiaux.

« On nous a dit qu’on ne nous avait pas menti, mais que les choses avaient tout simplement changé… en trois jours, dit-il en soupirant. Ensuite ils nous ont dit, on est désolé si cela a pu vous causer un problème! »

Même pour le gala du 20 août prochain, à l’extérieur, au stade IGA, là où Michel pensait être à l’abri des strictes mesures, voilà que le dossier se complique encore.

« Selon ce que le gouvernement nous a expliqué, on pourrait être en zone verte une fois rendu là. Mais pourtant on nous demande de monter un protocole selon la situation d’aujourd’hui, avec la quarantaine de 14 jours et tout. C’est extrêmement compliqué et irréel! »

En plus, Michel déplore le fait que chaque ville au Québec n’ait pas les mêmes standards.

« Eye of the Tiger Management et Gym ont présenté des galas sans le moindre faux pas, alors je ne comprends pas. Même si notre protocole a été louangé à Québec, à Montréal on nous a parlé comme si c’était de la m…. Quand le Premier Ministre parle de retrouver une vie normale, clairement ça n’inclut pas le sport. »

Michel n’abandonne pas l’espoir d’organiser son gala en plein air le 20 août prochain.

 « Que l’on dise publiquement qu’on s’en va à Tokyo juste pour s’amuser... » 

L’entraîneur de Judo Nicolas Gill doit peser ses mots lorsqu’il parle des restrictions imposées à ses athlètes. 

« Nous avons assurément été le pays le plus strict envers nos athlètes. Juste de maintenir un bon niveau d’entraînement s’avère un défi, surtout avec le fait que la quarantaine est obligatoire. Nos athlètes ne voyagent donc pratiquement pas, car deux semaines d’arrêt ne fait pas de sens. Nous sommes dans une bulle, nous nous faisons tester trois fois par semaine et pourtant, c’est très compliqué. Même faire entrer des athlètes de l’extérieur s’avère impossible. Nous avons dû annuler le championnat panaméricain, que nous avions déjà repoussé deux fois. Finalement on n’a tout simplement abandonné. »

Ce qui frustre le plus Gill, c’est que le discours n’est pas cohérent.

« D’un côté, on a augmenté les subventions, mais on ne veut pas donner aux athlètes les moyens de demeurer compétitifs. Il y a eu un espoir à un moment donné qu’il y ait des allègements, mais la réaction du public a été négative et le gouvernement s’est vite retiré. On va se le dire, sur la ligne de départ à Tokyo, nos athlètes vont partir avec un désavantage. Au moins qu’on le dise qu’on s’en va là-bas pour le fun et non pour gagner. Mais non, les attentes seront tout aussi élevées. »

Pour Gill, la frustration est doublée lorsque l’on regarde les avantages que l’on a donnés aux joueurs de hockey.

« Le hockey a obtenu des allégements que nos athlètes n’ont pas obtenus. On voit où sont leurs priorités, la LNH a clairement une place de choix pour notre gouvernement. J’ai hâte de voir ce qui adviendra de la quarantaine quand ils se rendront en demi-finale, je me demande s’ils vont encore faire une exception pour eux, comme ils l’ont déjà fait avant. »

« C’est impossible de qualifier un athlète olympique en athlétisme dans ces conditions... »

L’ancien grand sprinter québécois Nicolas Macrozonaris se réjouit de ne pas avoir à courir dans ces circonstances, mais sympathise avec tous ceux et celles qui doivent tenter de le faire.

« Nous avons trois ou quatre athlètes qui sont considérés parmi les plus beaux espoirs au monde, mais si on veut qu’ils demeurent là, ils ont besoin de compétitionner. Au Québec, ce type de course n’existe pas. Mais comment former des athlètes quand ils ne peuvent pas voyager pour faire face aux meilleurs? Ça ne fait aucun sens. »

Les budgets sont limités et les ressources presque inexistantes localement.

« Je vais demander à un jeune d’aller faire une compétition à l’étranger, et lui demander de payer 1200$ pour rester à l’hôtel deux jours, puis s’isoler pendant 14 jours ensuite, à chaque fois? Il n’y a aucune logique à cela.  On essaye présentement d’en envoyer quelques-uns au Championnat du monde junior en Oregon, ils en ont vraiment besoin, mais nous ne savons pas si nous pourrons y arriver. »

Ceux qui sont déjà aux États-Unis sont dans de meilleures dispositions selon Macrozonaris.

« Nos seuls espoirs sont ceux qui sont partis étudier aux États-Unis. Eux compétitionnent, je les vois enregistrer des bons temps. Ils progressent tous très bien, mais ici au Canada, je ne vois rien en termes de temps intéressants. Et faire venir des athlètes ici pour courir contre les nôtres est impossible aussi. Pourquoi viendraient-ils ici se soumettre à nos règles, alors qu’ils peuvent le faire librement aux États-Unis par exemple? »

Selon lui, il ne faut pas avoir trop d’attente pour ce qui est de Tokyo.

« Selon moi, dans les conditions actuelles ici il est impossible de qualifier un athlète pour les jeux en athlétisme. Je trouve que nos athlètes ont été tout simplement abandonnés. »

Il n’y a présentement rien à l’horizon dans les plans du gouvernement fédéral pour aider les athlètes, tous sports confondus, à retrouver d’ici peu un rythme de vie et d’entraînement normal.  

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