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Cooperstown

Temple de la renommée: la tête dans le sable jusqu’à la fin!

Temple de la renommée: la tête dans le sable jusqu’à la fin!
Jeremy Filosa est chroniqueur et animateur au 98.5 Sports

J’ai eu la chance de couvrir les activités du Baseball majeur sur une base régulière de 1999 à 2004. On arrivait au début de la fin de l’épopée des stéroïdes. C’est seulement en 2003 que la MLB a finalement implanté un système de dépistage pour produits dopants.

Avant ça, c’était le free-for-all dans la MLB. Un nombre incalculable de joueurs du baseball majeur utilisaient des substances illégales dans le but de rivaliser au meilleur de leurs capacités, soir après soir.

Lorsque les produits dopants ont finalement été bannis du baseball, on s’est tous posé la même question, on fait quoi avec tous les records et qu’adviendra-t-il des joueurs dopés lorsque ces derniers deviendront admissibles au Temple de la renommée?

Presque 20 ans plus tard, la question demeure entière et c’est aujourd’hui que la question qui demeure sans réponse nous projette dans le précipice. Barry Bonds, celui qui détient le record de tous les temps pour le nombre de circuits dans l’histoire du baseball, pourrait dès mardi soir être éliminé du processus d’admission.

Bonds en est à sa 10 et dernière année d’éligibilité et s’il n’obtient pas 75% des votes, il ne lui restera plus qu’un seul espoir, le comité des vétérans. Ces derniers sélectionnent occasionnellement d’anciens joueurs qui ont été, selon eux, injustement écartés.

La non-responsabilisation du baseball majeur et du Temple de la renommée nous a laissés dans ce marasme. Les journalistes appelés à voter n’ont jamais eu de ligne directrice. Quoi faire avec les joueurs qui ont testé positif, les joueurs que l’on soupçonne d’avoir été dopés et les joueurs qui ont vu leur nom être mentionné dans le rapport Mitchel de l’époque? Aucune directive n’a été donnée.

Donc les médias votent comme bon leur semble. Certains prennent en considération le dopage, d’autres non. Le système ne tient donc plus du tout la route. Ça devient du n’importe quoi.

Pourquoi Bud Selig est-il au Temple?

Ce qui ajoute l’insulte à l’injure c’est que le commissaire de l’époque lui-même, Bud Selig, est entré au Temple par la grande porte. Personne n’a contesté son implication dans le scandale. La réalité c’est que Selig a cautionné l’utilisation de stéroïdes dans le baseball. 

Dans le but d’assurer la popularité de son sport et de bonnes cotes d’écoute, Selig a fermé les yeux sur le problème. Il savait très bien ce qui se passait. La réalité c’est que la MLB et l’association des joueurs ont poussé les joueurs à s’autocannibaliser, les forçant à se doper dans le but de rivaliser.

Comme m’avait dit un ancien joueur des Expos :

« Si je ne le fais pas, qui va me protéger? Comment vais-je compétitionner avec tous les autres? Si je perds mon poste et je retourne dans les ligues mineures, qui va s’occuper de ma famille? Je ne veux pas le faire, mais je n’ai pas le choix. »

À l’époque, et encore aujourd’hui l’écart est énorme entre les salaires accordés dans la MLB ceux du niveau AAA. Pendant que les joueurs du plus haut niveau font sauter la banque, les joueurs des ligues mineures crèvent pratiquement de faim.

Mais plutôt que de penser à la santé de ses joueurs, le président de l’association des joueurs de l’époque Donald Fehr a préféré crier sur tous les toits qu’il était injuste de demander aux joueurs d’être testés, car ça contrevenait à droit à la vie privée. Fehr s’est servi du dépistage comme outil de négociation.

Pendant ce temps les propriétaires remplissaient les poches des joueurs les plus performants, au grand plaisir de l’association des joueurs. 

Je n’ai pas peur de le dire, Selig et Fehr auraient dû faire de la prison pour ce qu’ils ont fait. Mais au contraire, l’un d’eux est au Temple de la renommée et l’autre est à la tête de l’association des joueurs de la LNH.

Ceci laisse les joueurs éligibles au Temple à porter tout le fardeau de l’humiliation de cette épopée noire du baseball. 

Qui devrait entrer?

Si j’avais à trancher, je demanderais aux journalistes de voter nonobstant l’histoire du dopage. Pour moi, le blâme revient beaucoup plus sur ceux qui avaient le contrôle des règles. Je permettrais aussi aux joueurs dopés ayant été éliminés du processus de le réintégrer.

Il y a des règles de bases qui selon moi doivent persister. Un joueur ayant claqué 3000 coups sûrs ou 500 circuits, devrait entrer les yeux fermés. Un lanceur ayant récolté 250 victoires ou 3000 retraits au bâton, même chose. 

Et malheureusement, certains de ces hommes ne seront jamais au Temple. On peut penser à Rafael Palmeiro et Mark McGuire. Ils ont déjà été éliminés, victime d’un système brisé. Et cette année, on risque d’y ajouter des noms comme ceux de Bonds, Roger Clemens, Curt Schilling et Sammy Sosa.

Pensez-y, c’est un non-sens, stéroïdes ou pas, on parle ici de la crème de la crème de leur épopée. Si ces joueurs ne sont pas des joueurs méritants d’être au Temple, alors fermons les portes. Statistiquement parlant, il n’y a aucune zone grise.

Dans mon livre, ces joueurs étaient des joueurs de classe à part, avant même l’arrivée des stéroïdes. D’accord, ils l’ont probablement fait pour une question d’égo, et non pour une question de survie financière comme mon joueur des Expos cité plus haut. 

Mais la réalité demeure que le baseball majeur était une jungle à leur époque, et ils n’étaient que les plus gros lions du cirque.

Ils ont donné un spectacle selon les règles et la façon de faire de l’époque, et plutôt que de les crucifier, il faudrait reconnaître ce qu’était le baseball à durant cette période et les inclure dans l’histoire de la ligue, même si c’était la plus sombre.

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